Bertrand Deillon

 

Bertrand Deillon, râleur passionné

 

Il a ce qu'on appelle une grande gueule, de celles qui cachent un cœur plus grand encore. Il est bougon juste ce qu’il faut, comme seuls savent l’être les vrais Genevois, ceux qui ont la pudeur râleuse mais qui, toujours, vous donneront le coup de main nécessaire. Prof à la retraite et entrepreneur en pleine activité, on le croise dans les rues du village au volant de véhicules plus ou moins improbables, Flora, son chien truffier, sur le siège arrière : une jeep Willis des années cinquante, une Méhari orange, une Land Rover des années cinquante, elle aussi, ou un cabriolet BMW, de ceux dont la capote ne s’ouvrait qu’à la main et qui ne sortaient que les jours de grand beau temps.

 

Bertrand Deillon au volant d’une Jeep Willys des années cinquante, avec sa chienne Flora. (DR)

 

Bertrand Deillon a beau être né en ville et avoir grandi du côté de la Servette, il est bel et bien un enfant de la campagne. Il est encore ado lorsqu’il part ramasser les cerises du côté d’Athenaz : un stage de deux semaines dans une ferme qui va vite se transformer en passion. Il y passe tous ses week-ends, conduit le tracteur du domaine sur les chemins de la Champagne et découvre un monde paysan qui va l’accompagner tout au long de sa vie.

 

Quelques années plus tard, lorsqu’il est responsable des camps de jeunesse de Caritas, c’est lui qu’on retrouve à l’aube, sur les routes de Normandie, conduisant son camion jusqu’au marché de gros où il part faire le plein de légumes. Et lorsqu’à la fin des années septante, il arrive à Aire-la-Ville, il en connait déjà toutes les familles paysannes. Autant dire l’essentiel d’un village qui ne comptait alors que quelques centaines d’habitants, et dont le Maire était Charly Bosson, père de Christophe qui a repris le domaine familial et accueille désormais les Aériens à l’occasion des caves ouvertes, où Bertrand fait griller les saucisses.

 

Installé depuis les années septante à Aire-la-Ville, il a été le témoin du développement de la Colline aux Oiseaux où il habite. (DR)

 

A peine installé dans la commune, Bertrand Deillon rejoint le corps des sapeurs-pompiers, et devient bien sûr membre de l’Aérienne. « Comme tout nouvel arrivant, souligne-t-il. A l’époque, on faisait toujours partie de quantité d’associations ! » C’est lui aussi, avec une brochette d’amis, qui créera les Fins Becs, une joyeuse amicale de cuisiniers amateurs qui ont longtemps régalé les participants aux fêtes du village, et officiaient encore derrière les fourneaux en 2012, lors de la dernière kermesse du village.

 

Conseiller municipal de 2007 à 2011, il se souvient aussi de cette époque, dans les années septante, où la politique se faisait davantage chez Magui, à la table ronde du Café du Pavillon, que dans la salle du Conseil de la Mairie. « Tous les jours, à l’heure de l’apéro, on y retrouvait le Maire et son adjoint. Les discussions étaient parfois enflammées, et toutes les générations s’y mélangeaient ; les vieux de la Commune étaient tous là, l’histoire du village s’y transmettait. J’ai beaucoup appris en les écoutant », se souvient-il.

 

Passionné par le monde agricole, il s’emballe aussi pour les nouvelles technologies. On lui doit le premier site internet de la commune. (DR)

 

Il s’occupe aussi des jeunes. A Athenaz où il enseigne, et à Aire-la-Ville où il monte avec Henri Duvillard tout un projet pédagogique lors de la construction de la nouvelle école. Film vidéo, travaux de maçonnerie, les élèves accompagnent le chantier avec la complicité de la Mairie et des entreprises. Une caméra dans les mains de ses élèves ? Bien sûr, car si Bertrand Deillon aime le monde agricole, il est aussi passionné de nouvelles technologies. Au point d’avoir branché sa classe sur ce qu’on appelait alors « le réseau télématique » et de lui avoir installé une sorte de site au début des années nonante, alors qu’internet n’en était encore qu’à ses balbutiements. C’est donc en bonne logique que la Commune s’est tournée vers lui pour développer son site internet en 2007.

 

L’homme est ainsi, il tire sur sa pipe et passe avec enthousiasme des ordinateurs à la bêche, dans son perpétuel retour vers la nature qui l’a mené jusqu’au comité d’organisation des fêtes et manifestations du Musée romand de la machine agricole. Et même son entreprise, LT locatentes, reflète cette passion : en plus des tentes de fête qui abritent les plus belles réceptions du canton, n’installe-t-elle pas aussi d’immenses tunnels agricoles ?

Texte et photos Marco Cattaneo, mai 2013

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