Myriam Bouaouaja

 

Myriam Bouaouaja, son travail en prison

 

Il y a des rendez-vous dont Myriam Bouaouaja – présidente de l’Aire-de-Rien depuis 2003 – ne pourrait se passer : les visites à sa belle famille en Tunisie ou ses escapades parisiennes « je suis folle de la Tour Eiffel, cette grande dame contemple le monde ! ». Mais quitter Aire-la-Ville ? On n’y songe même pas ! Avec son mari Fethi et l’une de ses deux filles, elle occupe le rez de la maison de famille où elle a grandi. Elle l’abandonne juste le temps d’aller vivre trois ans à Puplinge, pour le travail « mais je n’ai pas du tout aimé, c’est pas mon village ! ». Cette maison donc, qu’elle a plaisir à restaurer - « j’aime faire du neuf avec du vieux » -, s’ouvre sur une jolie cuisine aux allures de bistrot. « C’est là qu’on est sûr de la trouver » confie sa sœur Bernadette, qui vit juste en face.

 

Myriam (à droite), en compagnie de sa soeur Bernadette. (DR)

 

Car Mim - « dans le temps, on avait tous des surnoms ! » - aime manger et adore cuisiner ! Un héritage peut-être de son enfance et du café Le Pavillon que sa maman et sa tante tiennent depuis toujours. « Petits, on avait 5 minutes pour dîner puis on devait laisser ma mère assurer le service de 40 couverts. Essentiellement des ouvriers qui venaient travailler dans les gravières ou à l’usine des Cheneviers. Alors on n’avait jamais de vie de famille ! ».

 

C’est décidé, Myriam ne reprendra pas le bistrot. Pendant six ans, elle travaille comme assistante en pharmacie, une petite année à l’OFAC (Office de la facturation) l’occupe sans passion. Mais en 1981, elle postule à la prison de Champ-Dollon où elle restera gardienne dix ans, dans le quartier des femmes. « C’est une période que j’ai adorée ! » Le travail y est intéressant – « je conduisais les détenues auprès de leur avocat ou des assistantes sociales, j’encadrais les promenades ». Un état de confiance s’instaure et, peu à peu, Mim découvre leurs histoires.

 

Pour elle, le secret d’une bonne gardienne c’est de ne jamais prendre position, c’est d’écouter, sans juger. Mais elle se souvient aussi de situations, difficiles « il y avait beaucoup de mules, sud-américaines, détenues pour trafic de drogue », bouleversantes « un jour, j’ai dû décrocher une femme qui s’était pendue », ou glaçantes « je me souviens de cette mère, incarcérée pour avoir ébouillanté son bébé ».

 

Elle y apprécie aussi les horaires irréguliers, deux jours de douze heures et une nuit souvent intense : « les détenues sonnent beaucoup la nuit, il faut alors écouter soulager, réconforter ». Suivis de trois jours libres ; « j’aime ne pas avoir congé en même temps que les autres ! » avoue-t-elle.

 

En 1992, des problèmes de santé l’obligent à s’arrêter. Depuis, Myriam voit la vie autrement. Sa préoccupation première : aider les gens. « Je ressens le besoin de donner, que je reçoive en retour ou non !». Elle n’a plus peur non plus de s’exposer pour défendre une noble cause. Mais en fait, militante, Myriam l’a toujours été. Et dès son plus jeune âge puisqu’elle n’a que 10 ans quand, un mercredi matin de 1973, elle manifeste avec tant d’autres Aériens, mais en tête du cortège bien sûr, pour protester contre le passage incessant des camions dans le village.

 

Myriam aime travailler à l'ordinateur depuis sa cuisine. (DR)

 

Son action se poursuit quand, en 1995, elle crée l’APE (Association des parents d’élèves). Son but : faire ouvrir une 4ème classe. Et ça marche ! « Quand je milite pour quelque chose, ça marche toujours ! » dit-elle dans un sourire. En 2003, elle et ses cinq compagnes passent le flambeau à un nouveau comité et créent l’Aire-de-Rien. « Le nom, c’est Dominique Howald qui le trouve car on disait toujours, l’air de rien, on s’occupe de tout ! ».

 

Cette association assure l’animation du village avec le vide grenier une fois par an, les différents spectacles mais aussi le troc, au printemps et en hiver.

 

Myriam – dont le souvenir du dernier troc est encore bien présent – raconte avec enthousiasme : « on commence les préparatifs environ un mois à l’avance par l’envoi de 150 courriels pour autant de dossiers à préparer ». Puis ce sont trois jours de travail intensif (mise en place des tables, réception et contrôle de la marchandise) avec, le vendredi soir un petit dîner offert aux 23 bénévoles ; « j’adore cette ambiance, on refait le monde et on rit beaucoup ! ». Et cette année, c’est Paul Tardivel qui régale d’un bon petit gueuleton les Bécasses, le surnom qui colle aux 7 membres de l’Aire-de-Rien. « Il n’y a pas tout le monde qui peut nous appeler comme ça, il n’y a que lui ! ».

 

L’Aire-de-Rien, c’est décidément une équipe au grand cœur. Avec le soutien de la Mairie, elle organise des sorties gratuites pour les anciens, « faut dire aînés, mais je parle comme je pense » par exemple à Prangins, des excursions pour les villageois – à Colmar ou à Lyon - et des soirées loto ou jeux de société.

 

Mais c’est aussi une présidente qui a organisé, avec l’appui de la Mairie, des pompiers et de nombreux bénévoles, la mythique et non moins regrettée course de Caisses à Savon. Myriam aurait voulu que ça continue, les enfants étaient tellement heureux ! « Hélas, quand on a voulu remettre, plus personne n’a souhaité reprendre. On était pourtant prêtes à faire une année supplémentaire avec le repreneur ! Et on lui aurait transmis le classeur avec tous les contacts! »

 

Myriam, devant chez elle. (DR)

 

Myriam est d’une nature généreuse avec ceux qu’elle aime. Elue conseillère municipale en 2007, elle ne compte pas le temps qu’elle consacre à son cher village. Mais c’est aussi une gourmande alors quand elle va à Paris, elle passe toujours manger les macarons de Ladurée. Elle les a découverts il y a bien longtemps, quand ils n’étaient pas encore à la mode. Depuis, elle sait les faire. Et même en pâte fimo, qu’elle assemble en bracelets, bagues ou colliers. Ceux qui auront été au Marché de Noël de Russin, fin novembre, auront pu découvrir sa nouvelle collection !

Carole Cattaneo, Décembre 2010

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