Claudia Nicod

 

Claudia Nicod, gardienne de mémoire

 

Les paroles s’envolent mais les écrits restent. Encore faut-il prendre la peine de les conserver ! Historienne et archiviste de formation, Claudia Nicod s’attelle  à ce travail de titan pour la Commune d’Aire-la-Ville, depuis avril 2010. Elle partage son mi-temps avec Bernex dont elle tient également les archives.

 

Claudia Nicod, reine des archives. DR

 

Passionnée d’histoire en général - et d’histoire locale en particulier -, Claudia consacre son mémoire de licence à la Commune de Bernex, de 1815 à 1845. Les archives d’Etat et les archives de Bernex lui fourniront les sources historiques de ces trente années. Alors, lorsqu’en 2007, une motion est déposée au conseil municipal de Bernex pour la mise à jour de l’inventaire existant, Claudia est toute désignée ! « C’est un concours de circonstances car si une commune se doit de tenir ses archives, il est plutôt rare qu’elle fasse appel à un archiviste ! » précise-t-elle.

 

Ses outils de travail ? Un double-mètre, une loupe et sa paire de lunettes. Indispensables surtout lorsque Claudia tombe sur des documents anciens, datant parfois du Moyen-âge. Ses connaissances en paléographie française et latine lui permettent de déchiffrer les écrits d’un autre temps. « A l’époque, le parchemin coûtait cher. On écrivait donc serré et en abrégé. Et puis il y a des gens qui écrivent mieux que d’autres ! », souligne-t-elle. Autre élément indispensable à son enquête : le tableau de conversion des dates. Car suite à la révolution française de 1789 et la proclamation de la République en 1792, tout ce qui émane du *Département du Léman, ancien département français, dont le chef-lieu était Genève se doit d’être conforme au calendrier révolutionnaire. Ce calendrier avait pour but d’effacer de la mémoire collective le calendrier grégorien, étroitement lié au christianisme. Ces documents-là sont une mine d’informations.

 

Claudia les parcourt avec gourmandise. Elle qui aime tant découvrir le quotidien des gens, leur façon de vivre. Elle ouvre le registre des Délits Ruraux, parole champêtre, 1817-1827. Il est question de maraudage de pommes, de vols dans les vignes à hutins ou de dégâts causés par les vaches dans les champs. On découvre aussi que, catholique, Aire-la-Ville interdisait l’ouverture du bistrot pendant la messe. Bien plus tard, le 28 août 1959, la séance est prise pour la première fois au stylo à bille et le 26 novembre 1970, la Mairie fait l’acquisition d’une machine à écrire !

 

Procès-verbal de 1924 (DR).

 

Si les archives d’Aire-la-Ville sont rangées, elles ne sont pas ordonnées : tout le plan de classement est à créer ! Tenace, méticuleuse et ordonnée, Claudia se souvient : « J’ai ouvert les armoires et j’ai noté tout ce qu’il y avait dedans, par sujet : correspondance, protection civile, affaires sociales et culturelles, aménagement du territoire, etc… ». Son but : protéger les documents produits par la Commune, en assurer la pérennité et créer les instruments de recherches qui en faciliteront l’accès. « Il m’arrive d’avoir à méditer quelques jours sur la structure de rangement à donner aux dossiers plus complexes. Mais comme par magie, tout finit par s’éclairer ! » se réjouit-elle.

 

Il faut dire que notre détective a des petits trucs pour y voir plus clair. Quand elle entreprend son tri, elle commence souvent par la correspondance générale qui touche à une grande diversité de sujets. Elle fait néanmoins très attention à ce qu’elle jette, se basant sur les consignes édictées par les Archives d’Etat. Pour des questions de confidentialité, les documents ne pourront être recyclés mais seront incinérés.

 

Puis vient l’étape du conditionnement de l’information, laborieuse elle aussi. Les Archives d’Etat exigent que les procès-verbaux du Conseil municipal soient reliés. Pour qu’un document se conserve durablement, il faut qu’il soit nettoyé de toute pièce métallique (trombones, agrafes) et plastique. Il sera ensuite conservé dans des registres ou rangé dans des fourres cartonnées, non-acides. Des liasses de documents sont ainsi isolées  et, dans un même temps,  protégées  contre la poussière et la lumière. Elles finiront leur vie dans des boîtes d’archives référencées puis stockées dans des armoires anti-feu.

 

Le retour dans le passé la séduit, mais le lien direct avec l’actualité et l’évolution du monde aussi. De 1991 jusqu’à la naissance de son fils Julien en 1997, Claudia est archiviste au CICR. Sa région : le Moyen-Orient. L’Iran ayant suspendu les activités du CICR sur son territoire, Claudia se rend à Téhéran, en 1992, afin de rapatrier les archives qui avaient été mises en sécurité à l’ambassade suisse. Elle en garde un souvenir contrasté. Elle devait porter le voile et passait ses journées vêtue d’un long manteau. « Il était si grand que mes manches trempaient dans la sauce !».

 

Grâce à Internet, les archives se sont beaucoup démocratisées puisque tout le monde y a accès depuis chez lui. « On vit à une époque où tout va très vite. On a à peine le temps de se faire une mémoire. Or les gens cherchent à se rattacher à quelque chose. D’ailleurs, aux Archives d’Etat, il y a beaucoup de demandes de recherches généalogiques ». Pour le moment, Claudia ne dispose pas d’ordinateur dans le local de l’école où elle travaille. Alors quand elle recherche une information, elle consulte volontiers Dominique Novelle, adjoint au Maire. « C’est une archive vivante. Il est précieux pour la commune dont il connaît tout : l’évolution, les routes, les bâtiments communaux, jusqu’aux canalisations !».

 

Carole Cattaneo, Avril 2010

 

*Le Département du Léman est créé en 1798, date de l’annexion de Genève à la France, Genève reprendra son indépendance en 1813 et rejoindra la Suisse l’année suivante.

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