La chèvre et la statue

 

Derrière l’église, pas très loin de l’ancienne cure, un banc appelle à la méditation, face à une grotte de pierre et à la statue de la Vierge qu’elle abrite. L’ensemble est là depuis des dizaines et des dizaines d’années, édifié à l’initiative du curé du village et d’un petit groupe de ses paroissiens.

 

La grotte et la statue de la Vierge, lieu de méditation et dépositaire d’un curieux secret.

 

Depuis, la statue a reçu la visite de quelques couples d’amoureux égarés, et même celle d’une chèvre terrorisée qui la renversa un soir d’orage, en cherchant refuge sous la grotte. Mais d’où sortait donc cet animal ? Et quel terrible secret avait bien pu le rendre si craintif ? Les anciens du village évoquent encore l’affaire à mots couverts, sans qu’il soit possible de savoir s’ils en ont été les témoins, ou s’ils se font simplement l’écho d’une mésaventure plus lointaine encore, un de ces secrets de famille qu’ils n’auraient fait qu’écorner dans leur enfance.

 

Vraie ou fausse, voici en tous cas l’histoire telle que la rapporte la rumeur : en ce temps-là, le curé du village avait une bonne à son service, une jeune et jolie personne qui un beau jour tomba enceinte. Quelques esprits chagrin soupçonnèrent le saint homme d’être le père du nouveau-né et en tinrent rigueur à la bonne. A sa chèvre aussi, puisque c’est le lait de l’animal qu’elle donnait à son bébé. Décidés à se faire justice eux-mêmes, ils s’embarquèrent dans une expédition punitive et - au nom de la morale chrétienne - peignirent en rouge les cornes et les sabots de la biquette qu’ils affublèrent même, dit-on, d’un soutien-gorge. En rouge et bleu, précisent d’autres sources.

 

Et la Vierge pardonna tous les protagonistes de cette mésaventure.

 

C’est cette même chèvre qui, à quelques temps de là, renversa la statue de la Vierge en cherchant refuge auprès d’elle. Heureusement, la statue ne se brisa pas en tombant, la chèvre et ses tortionnaires furent tous pardonnés et la paix revint finalement dans le village.

 

Texte et photo Marco Cattaneo – septembre 2014

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