Des canalisations comme neuves sans un seul coup de pioche

Scrasa est l'une des deux seules entreprises qui maîtrisent cette technique en Suisse romande.

 

Les collecteurs des eaux usées et des eaux claires, un réseau de canalisations en ciment datant des années septante, commençaient à donner quelques signes de fatigue. Un rapport du PGEE (plan général d’évacuation des eaux), établi sous le contrôle du DETA (Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture), a relevé ce problème, impliquant que des travaux soient entrepris. Pour Aire-la-Ville, repousser ce chantier, c’était courir le risque de devoir ouvrir toutes les routes pour changer ces canalisations. Mais une alternative existait heureusement : procéder rapidement aux réparations en chemisant les canalisations, une solution moins chère et moins contraignante.

 

Les différentes étapes ont été menées tambour battant: début 2015, sur mandat de la Mairie, le Bureau d’ingénieurs T-Ingénierie prépare le dossier d’ouverture des travaux qui font l’objet d’un appel d’offres public, puisqu’ils dépassent le demi-million de francs. L’entreprise Scrasa remporte le marché et s’attelle aussitôt, en coordination avec le Bureau d’ingénieurs et Dominique Novelle, le magistrat en charge du dicastère des routes, à l’organisation des travaux. Leur financement, 750'000 francs, est voté à l’unanimité par le Conseil municipal le 18 novembre 2015, sur proposition de l’Exécutif. Dès le mois de janvier 2016, le chantier peut donc s’ouvrir, et devrait durer jusqu’à la fin du mois d’avril. Nous sommes partis à sa découverte.

 

Une petite équipe de spécialistes, tous des professionnels des travaux spéciaux, s’affaire autour du camion d’où sera menée l’opération. Un camion bien particulier, véritable condensé de technologie, qui lui permettra de travailler en complète autonomie, allant jusqu’à embarquer son propre compresseur. Scrasa est l’une des deux seules entreprises à proposer cette technique en Suisse romande, et son équipe intervient donc bien au-delà du canton. Petite visite guidée d’un chantier plutôt surprenant.

 

La "chaussette" est introduite puis déroulée précautionneusement à l'intérieur de la canalisation.

 

Une fois le collecteur nettoyé, on y introduit la gaine PRV – une sorte de résine - que l’on tire lentement sur toute la longueur du tronçon jusqu’au prochain regard ouvert. On dirait une chaussette géante, blanche et bleue, encore souple et fragile pendant cette première phase, qui se déroule à l’intérieur de la canalisation, tractée par un filin mécanique. Une fois mise en place, elle est connectée à une soufflerie installée à bord du camion pour que l’équipe en charge de l’opération puisse la gonfler jusqu’à ce qu’elle se plaque complètement aux parois du collecteur et en occupe tout le périmètre. Le tout avec un air tempéré, et à une pression savamment contrôlée, de l’ordre de 500 millibars pour le tronçon de chantier en cours.

 

Un train de lampes - il y en a ici 8 de 600 watts chacune - permet de durcir instantanément la gaine par polymérisation.

 

Vient alors la phase la plus étonnante du processus: un train de lampes est délicatement introduit dans la gaine L’objet ressemble à une chenille mécanique avec ses huit lampes de 600 watts reliées les unes aux autres et hérissées de roues en tous sens qui permettront d’en contrôler la progression.  La gaine durcit instantanément en réagissant à la lumière émise. «C’est une polymérisation», explique l’un des membres de l’équipe sans quitter son chantier des yeux. Le résultat? Une canalisation comme neuve, dont la durée de vie a été prolongée d’un demi-siècle en quelques heures!

 

Un robot téléguidé vient achever les travaux, guidé par la caméra qui lui sert de tête.

 

Mais le camion n’a pas encore livré tous ses secrets, le voilà qui nous propose maintenant un robot tout en longueur qui sera tracté lui aussi à l’intérieur de la gaine désormais durcie. Pour le diriger, un véritable poste de commande est installé à l’arrière du camion, avec ses écrans de contrôle qui renvoient les images captées par sa caméra en même temps qu’une forêt d’indications techniques, ses divers compteurs et ses joysticks. «Je suis un véritable pro de la Playstation!» s’amuse l’homme aux commandes, habitué des travaux spéciaux. Ancien pilote de tunelier, c'est à lui que l’on doit le tunnel sous le Mont-de-Sion, qui a rapproché Annecy de Genève. Mais revenons sur – ou plutôt sous – la Colline aux Oiseaux, où le robot achève son travail en rouvrant les branchements que la gaine avait provisoirement refermés.

 

180 mètres d'un seul tenant, record battu!

 

Encore quelques travaux de nettoyage et le chantier peut se déplacer jusqu’au prochain tronçon, celui de tous les records: le long du chemin de Treulaz, ce sont 180 mètres de canalisation qui vont être chemisés d’un seul tenant, 5 mètres de mieux que le record précédent!

Février 2016 - Texte et photos Marco Cattaneo

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