Mon beau sapin

Mercredi 30 novembre à Aire-la-Ville, à huit heures, le soleil n’est pas encore levé mais ils sont tous là. Ils chantent, ils plaisantent. Ils ajustent leurs bonnets. Première étape : charger la fourgonnette et la remorque avec les décorations qui dorment dans le sous-sol de la salle polyvalente. C’est fait en un tournemain par dix bénévoles parfaitement orchestrés. L’effort s’efface devant l’effet.


- Un travail bien commandé est à moitié fait
Le chef du groupe des sapins est content. Le tracteur et sa remorque, ainsi que la grande nacelle et la fourgonnette se dirigent vers la place de l’ancienne mairie où le sapin les attend, d’un beau vert soutenu, fourni, droit, entièrement nu. On se met au travail : Arthur Schneider, Claude et Dominique Novelle accrochent les premières boules sur les branches basses ; depuis les échelles, Isidore Chudzinski, Nino Triffileti et Hugo Grieb tendent les guirlandes lumineuses sur la façade de la poste ; Willy Schneider est parti chercher une gaule ; la nacelle s’élève dans les airs avec « les deux Bernards » (Howald et Novelle) chargés de planter l’étoile de Noël au sommet.

 

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Il fait froid et beau. L’encre du stylo ne coule pas.
- Mais neuf ! Trois fois trois neuf bon sang !
Le soleil se lève sur un petit débat : étant donnée la quantité de guirlande disponible, divisée par la nécessaire, multipliée par un angle de 120 degrés... On ne s’improvise pas décorateur ! Pendant ce temps, Jean Wagenknecht règle le trafic et permet au bus et aux tracteurs de croiser.
A l’heure de la pause café, incident technique : le bras de la nacelle refuse de redescendre jusqu’au sol. La route du croissant sera longue pour Bernard & Bernard…
A peine réchauffés, on s’y remet. Chacun à son poste, et pourtant…
- Mais attache-les derrière !
- Où ? Là-dessus ?
- Je ne sais pas moi ! Il a dit de passer dans la gouttière.
Ils peuvent se le permettre, car les travaux avancent bien. Un petit groupe est détaché vers la Colline aux Oiseaux pour hisser des étoiles sur les chemins de Treulaz et de la Dronde. Le ciel est bleu piquant et il y a encore du givre dans les jardins. Monsieur Rancic arrête la fourgonnette, deux bouteilles à la main :
- Je n’ai jamais su choisir entre le blanc et le rouge, alors prenez les deux. Merci!

 

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Pendant ce temps devant l’ancienne mairie, on ne songe nullement à boire (quoiqu’on ait reçu aussi des étrennes, portées par Monsieur Simondan qui a bien voulu également prêter son échelle) bien au contraire, on s’attaque à la plus grosse pièce : la banderole qui surplombe à présent la rue du Vieux-Four, souhaitant de Joyeuses fêtes à toutes et à tous.
En fin de matinée, l’équipe au complet se retrouve devant l’église pour amorcer l’ascension du deuxième sapin. A midi, voici ce qu’un passant peut entendre :
- Ho ! L’étoile, je la mets comment ?
- Euh… Au levant !
- Ah. Mais c’est où, le levant ?
Il est donc urgent de ravitailler les troupes. On redescend des échelles, on repose boules et  guirlandes pour se rendre à la salle du Rhône où Franz Stannek et Paulo Lopes régalent nos héros d’un apéritif et un repas chaud. Qu’ils soient ici remerciés !

 

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- Dites-moi, Messieurs… Comment est-ce qu’on devient-on membre du groupe des sapins ?
- Ah ça !
Insister ne servira de rien, il sera difficile de tirer la chose au clair. On veut bien cependant fournir des précisions sur l’origine du groupe des sapins. Sa fondation remonte à une quinzaine d’années. En cette lointaine époque, emmenés par Dominique Novelle, les cinq ou six bénévoles se chargeaient eux-mêmes d’abattre un sapin dans une forêt de Chancy pour le ramener au village.
- Et est-ce qu’une femme pourrait intégrer le groupe des sapins ?
- Bah. Faut voir… ça se pourrait.
- Oui, mais elle ferait quoi ?
- Quand il y aura des hommes aux femmes paysannes, alors il y aura des femmes au groupe des sapins !
Mesdames, la première « femme des sapins » n’est pas encore née…
On évoque alors le souvenir de quelques Noëls particuliers, la tradition (pour le moment) perdue des fenêtres de l’avent, on se rappelle d’une année où les rois mages ont défilé avec de vrais ânes.
- Les ânes, c’était facile à trouver !
Puis vient le café. Puis… A regret, on se lève. On retrouve la lumière du jour. Le ciel est toujours impeccablement bleu et le travail reprend facilement. La fourgonnette remonte la rue du Vieux-Four avec une vingtaine d’étoiles à accrocher. Par ailleurs, on achève la décoration du parvis de l’église. On a même le temps de relever un petit défi et de coiffer le mât de la mairie. Plus fragiles, les rennes et la crèche prennent place au pied du sapin. Enfin les échelles disparaissent, on remporte les cartons vides, les véhicules rentrent au port. Le village n’attend plus, pour entrer dans l’avent, que la bénédiction de Monsieur le Curé, Charles Christophi, prévue à la nuit tombée.

 

Texte et photos de P. P. 

 

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