Foot : les yeux dans les bleus

Dans l’intimité du parcours victorieux des Aériens au tournoi scolaire de football 2015

 

A l'image d'une Coupe du Monde, un tournoi scolaire genevois ne s'improvise pas.  La préparation débute dès le dernier coup de sifflet de l'édition précédente. D'autant que la brillante ossature de 2014 nécessitait un rajeunissement pour bâtir sur la troisième place obtenue. En Janvier, la liste des sélectionnés est annoncée à la presse locale - non sans faire quelques mécontentes parmi les enseignantes qui convoitaient le poste de meneur de jeu (!) ou voulaient placer leurs favoris. Les élus sont 5 filles et 11 garçons, issus des classes de 6P et 7P, retenus pour leurs qualités techniques, tactiques, athlétiques et surtout humaines. Du côté de la seconde équipe (8P), la parité est de mise avec 6 filles pour autant de garçons.

 

Nos jeunes sportifs brandissent la coupe de la victoire - Photo cmc éditions Sàrl

 

La beauté -et la complexité- de cette compétition mixte réside dans l'amalgame à créer entre joueurs et joueuses,  professionnels et amateurs, artistes et rouleaux-compresseurs. En compétition, trois filles minimum doivent être alignées en permanence sur le terrain, sur un total de 7 joueurs. Les entraîneurs sont donc condamnés à un travail d'orfèvre sous peine de prendre rapidement la porte - comme Christian Constantin, la directrice de l’école ne plaisante pas avec les résultats.
 

A l'aune de la préparation, un coup du sort frappe mon groupe (les 6-7P). Le capitaine se fracture le tibia à ski - dont la pratique est pourtant prohibée par son contrat…. - et déclare donc forfait pour la compétition, non sans écoper d'une sanction interne adéquate. Le groupe fait preuve de grandes qualités morales pour surmonter cet incident alors que le blessé endosse un rôle d'assistant-coach pour rester auprès de ses coéquipiers et les guider vers la victoire.

 

Les deux équipes réunies (DR)

 
Pour préparer le championnat en toute sérénité et évacuer la pression, les joueuses et joueurs des deux équipes se retrouvent le mercredi après-midi à huis-clos sur le terrain de l'école. En plus des entraînements technico-tactiques et de la préparation physique de fond, ils s'affrontent entre eux, pour se mettre en mode compétition et apprendre à se surpasser. Ces entraînements furent bénéfiques pour tous et je ne peux que remercier le coach des 8P, Giuseppe Rubini, mon mentor. Il m’a tout appris sur l’exigeant métier d’entraîneur et nous a ouvert la voie du succès.
 
Phase de poules
Après des semaines de préparation, et d'impatience, c'est le jour J. La phase de poules se dispute au Stade des Cherpines à Plan-les-Ouates, un mardi d'avril caniculaire. La foule est compacte, la pression intense. Mais, l'équipe est concentrée et à l'écoute. Elle se met en condition avec son rituel d'avant-match rôdé. Toute l'équipe se met en cercle, bras-dessus, bras-dessous, autour du joyeux luron de l'équipe, le ciment de la bande:

- "Ici c'est qui ?
- "Aire-la-Ville !”
- "J'ai pas bien entendu. ICI C’EST QUI ?”
- "AIRE-LA-VILLE !!!"

 

L'équipe des 6P & 7P entraînée par Marc Ramer (DR)
 
Première rencontre, première victoire. Les bleus d'Aire-la-Ville déroulent. C'est du football champagne. Les consignes sont respectées, le jeu est collectif et chatoyant. On dirait Servette dans ses grandes années. Dans les cages, la gardienne du but est contrainte à quelques jolies interceptions, mais pas trop - les défenseurs font leur boulot. L'effectif tourne, tous participent au festival à parts égales.
 
La seconde rencontre est plus rugueuse. Les adversaires viennent chatouiller les tibias, lâchent quelques noms d'oiseaux. Les Aériens sont choqués, mais répondent avec calme, respect et jouerie. Ils arrachent une seconde victoire méritée et assurent ainsi déjà leur place pour la journée des finales.
 
Avec la chaleur et l'effort, la fatigue est omniprésente... Le ravitaillement est capital, mais il a été élaboré professionnellement et spécifiquement pour les jeunes organismes. A l'heure du repas, c'est donc Coca-cola, sandwichs au beurre et chips pour tous. Pas de doutes, ils seront frais pour la dernière rencontre de la journée.
 
Et l'après-midi, c'est le festival des filles. Soutenues par les 8P - ils ont fait le déplacement après avoir assuré leur qualification de leur côté-,  elles sont souvent alignées les cinq simultanément pour un résultat dithyrambique. Elles marquent la majorité des 11 buts d’une victoire sonnante et trébuchante, assurant ainsi la première place du groupe et un tirage favorable lors des finales. Bravo!
 
Finales
Rendez-vous à Vessy un mois plus tard pour la journée des finales. La pression redouble sur les épaules de nos protégés. De très nombreux parents, grands-parents, copains, frères, sœurs et enseignants ont fait le déplacement. On va jouer à domicile. Il paraît que les rues du village sont désertes. Les quelques habitants restés attendraient religieusement des nouvelles de nos footeux. Avant d'entamer notre quart de finale, on encourage l'équipe des 8P, dont la rencontre débute une heure plus tôt. Sous nos applaudissements, ils se qualifient brillamment.
 

Sourires victorieux - Photo cmc éditions Sàrl

 

Notre partie est disputée et engagée, mais l'issue est grandissime (6-2). Là-encore, chaque enfant a apporté sa pierre à l'édifice. On peut même se permettre d'économiser les deux meneurs de jeu. Les Aériens se qualifient donc pour les demi-finales, prévues l'après-midi même au centre sportif du Bout-du-Monde.  Le maître mot est désormais calme et récupération. D'où la musique à coin, le pique-nique diététique (encore) et la balade sportive le long de l'Arve pour gagner le centre sportif voisin.
 
L'après-midi, les rangs de la cohorte aérienne se densifient encore (il y a combien d'habitants dans ce village ???) et les vivas sont assourdissants. En demi-finale, la lutte est acharnée. L'adversaire est coriace et physique. Leur entraîneur houspille l'arbitre régulièrement pour tenter de l'influencer. Nos joueurs restent calmes et tentent de maîtriser leur sorte de Lionel Messi en version… marathonien. C'est au bout du suspense, dans les ultimes secondes des prolongations que nous arrachons le but de la victoire et de la qualification pour la grande finale cantonale. Ouf! Nos cœurs ont bien failli lâcher sur ce coup. Le bonheur est à son comble, les yeux des enfants brillent de mille feux.
 

Sur le coup de 16h15, devant plusieurs milliards de téléspectateurs (selon les informations reçues), nos joueurs sortent du tunnel dans le Maracana local, face à leur destin. C'est la grande finale cantonale de la catégorie. Malheureusement, quelques instants plus tôt, les 8P se sont inclinés au dernier stade contre un adversaire impressionnant. Leur parcours et leur proximité nous ont clairement inspiré et nous allons utiliser cette énergie comme source de motivation pour chercher la coupe.

La rencontre est à sens unique (possession de la balle: 70-30%  en notre faveur, statistiques à l'appui), mais 6 tirs sur les montants  et quelques parades du gardien nous refusent l'ouverture du score. Y'en a un que la barre transversale va faire cauchemarder… Comme toujours dans ce cas, l'adversaire ouvre la marque contre le cours du jeu lors d'une action de rupture clinique. Sans se décourager, les Aériens remettent l'ouvrage sur le métier et inscrivent finalement trois buts coup sur coup pour glaner un succès mérité, dans une ambiance indescriptible. Avant de célébrer la victoire, d'effectuer un tour d'honneur et de recevoir le trophée, les bleus prennent le temps de féliciter un par un leurs adversaires, dans le même esprit fair-play que celui qui  les a animé depuis le début du tournoi.
 
Bravo à tous les enfants pour cette magnifique performance  et l'état d'esprit positif. Merci à tous pour le soutien et vivement l'année prochaine pour défendre nos titres de Champions genevois (6-7P) et Vice-Champions genevois (8P).

 

Marc Ramer, coach des 6-7P

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