Un troc d'hiver ensoleillé

Comme à chacune de ses éditions, le troc d’Aire-la-Ville a fait le plein en ce début novembre : 150 dossiers déposés en à peine quinze jours, une limite que les organisatrices ne franchiront pas, malgré les supplications des retardataires ! Le succès est au rendez-vous, et voilà déjà 18 ans que ça dure. « Nous l’avons créé en 1996 avec Françoise Novelle Trifileti et Bernadette Chudzinski, et l’avons organisé deux fois par année depuis, sans jamais rater un seul rendez-vous », annonce fièrement Myriam Bouaouaja.

 

Myriam, Françoise et Bernadette ont créé le troc en 1996, et n’ont jamais manqué une seule édition ! (DR)

 

Au début, les trois complices étaient réunies dans l’association des parents d’élèves et organisaient le troc dans la salle Victor Duvillard. Puis l’événement a pris de l’ampleur, colonisant successivement la scène de la petite salle et son sous-sol, avant de déménager dans la salle polyvalente où c’est désormais l’Aire-de-Rien qui préside à ses destinées. Et la relève est assurée : enfants, nièces ou belle-fille, la deuxième génération est déjà au travail, répondant aux questions d’une foule débonnaire, soucieuse tout de même de ne pas rater la bonne affaire.

 

A l’entrée de la salle, derrière les tables du stand de pâtisserie, un groupe de jeunes filles sert gâteaux et tartelettes. Elles sont membres du GVA Roller Derby, l’association que l’Aire-de-Rien a choisi de soutenir cette année. Elles sont passionnées par ce sport de vitesse exclusivement féminin qui voit deux équipes se poursuivre en roller quad (entendez à quatre roues), et parfois se bousculer. « On se tape un peu dessus », s’amuse l’une des jeunes sportives. L’argent récolté servira à acheter du matériel et surtout à payer les déplacements : comme ce sport est encore confidentiel, il faut aller loin pour affronter d’autres équipes : Grenoble comme ce week-end, ou même Prague l’année prochaine !

 

Les objets les plus variés trouvent ici une deuxième vie. (DR)

 

En attendant, on se presse entre les tables et les présentoirs. On fait glisser les cintres d’un doigt expert pour découvrir manteaux, pulls, blouses, chemises ou pantalons, on se lance dans quelques essayages, on compare et on commente, profitant d’un beau soleil d’automne qui entre généreusement au travers des baies vitrées. Le bord de la scène s’est transformé en magasin de chaussures. On y trouve des bottes de pluie et d’équitation, des talons hauts et des ballerines, des chaussures d’hommes, de femmes ou d’enfants, certaines pour le foot et d’autres pour la promenade, de celles qu’on porte en ville, des étroites, des pointues, des confortables et d’autres moins. Et tout au bout, près des fenêtres, les patins à glace et les coques multicolores des chaussures de ski.

 

Il y a aussi tous ces objets qu’on a un jour achetés pour des enfants qui ont grandi trop vite, et qui trouvent ici une seconde vie : poussettes et chaises hautes reprennent du service, tout comme les livres, les jeux vidéo et les jouets devant lesquels s’attardent des gosses aux yeux brillants. Dans le coin « maison et arts de la table », les sous-plats voisinent avec un galion espagnol, des lampes très seventies éclairent des cadres photos de toutes tailles. Les objets les plus utiles côtoient les plus improbables : mais à quoi peut bien servir cette énorme poubelle électrique ?

 

Texte et photos Marco Cattaneo, novembre 2013

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